mardi 29 septembre 2015

Accaparement des terres : un paysan de Diogo témoigne



J’ai visionné le film en anglais dans lequel vous apparaissez. Je vous ai vu monter sur une pipe line dans votre exploitation. Pouvez-vous m’expliquer ce dont il s’agit ?

Je m’appelle Ibrahima Seck paysan maraîcher à Diogo (dans les Niayes). Je fais de l’agriculture bio dans cette zone. Mon exploitation de 5 HA est à côté d’un lac naturel le TALOUNDE. Ce lac regorge de poissons, de reptiles etc. Il existe une grande biodiversité animale et végétale autour et dans ce lac. Nous avons fait ma femme américaine et moi des investissements pour faire de notre domaine une exploitation familiale. Celle-ci à débuté en 1987 avec des produits maraîchers bio. Vers 2004 une société australienne nommée MDL/GCO Grande Côte Opération est venue faire des explorations pour l’exploitation de minerais en général et du Zircon en particulier. 

Après plusieurs années, il semblerait que le gouvernement du Sénégal ait octroyé un bail à cette société sur des terres (44 500 HA). Aujourd’hui, l’exploitation des minerais a commencé : Zircon, Elminite etc. Ainsi les exploitations familiales ont vu plusieurs de leurs terres confisquées par cette société. Mon exploitation se trouve divisée en trois parties maintenant. Je ne l’ai pas totalement perdue mais l’accès  à l’eau (lac) m’est interdit.
A partir de lac j’arrivais à irriguer mon exploitation à l’aide d’une motopompe et d’une tuyauterie installées dans mon exploitation. Avec ces contraintes, je suis obligé d’arroser à partir d’un puits que j’ai creusé. Il faut cependant noter que j’ai reçu une petite somme en guise de compensation qui est très loin de mon investissement de départ qui se chiffre autour de 50 millions. Ceci est donc un véritable phénomène d’accaparement des terres.

Comment comptez vous réagir et qu’est ce que vous attendez de la réforme foncière ?

Nous sommes debout depuis le début. Nous nous sommes organises depuis en tant que paysans à qui on a spolié leurs terres,  par du lobbying et des plaidoyers pour informer la population sénégalaise et la communauté internationale.

En ce qui concerne la réforme foncière, pour nous la terre appartient à la population sénégalaise et ne devrait souffrir d’aucune transaction. Nous souhaitons que dans ce cas d’espèce qu’il y’ait une négociation entre le gouvernement et les collectivités locales, l’entreprise qui vient investir et les communautés paysannes sur l’utilisation des terres au niveau de chaque zone donné, les exploitations familiales surtout celles qui font de l’agriculture écologique et biologique qui seules demain vont pourvoir assurer une sécurité alimentaire et nutritionnelle durable au niveau de notre pays et même du continent.






Foncier et environnement : Thiès premières pluies premières inondations




Les premières pluies du 09 juillet ont surpris les populations de Thiès par leur intensité. Les services de la météo ont enregistré plus de 90 mm de précipitation.

On aura rarement vu autant d’eau en un temps aussi court entre 16 h et 18 h, mais c’est surtout l’intensité du ravinement qui a étonné tout le monde. Il nous arrivait quand nous étions gamines de prier pour qu’il ne pleuve pas abondamment la journée, parce qu’on savait que nos maisons allaient être inondées la nuit, le temps que les eaux du plateau de Thiès atteignent les quartiers de la ville. A l’époque le grand canal n’existait pas. Notre baromètre c’était le petit canal, on observait la hauteur de l’eau par rapport aux briques rouges du « condire » traduisez caniveau. Il y’avait un décalage de plusieurs heures.

Ces première pluies ont été intenses, et les eaux de ruissellent ont causé d’énormes dégâts en un temps record. On n’a pas besoin d’être un spécialiste de l’environnement (forestier, géographe) pour constater qu’il y’a une anomalie. Dans un article précédent on vous avait parlé de l’importance de la forêt classée de Thiès. Si elle disparaissait Thiès serait sous les eaux de ruissellement.

 Ce 09 juillet 2015, les eaux rouges ont envahi la ville avec leur lot de désolation. Ce qui démontre forcément la dégradation du plateau et de sa forêt classée. Les populations ont condamné fortement l’abattage de nombreux baobabs centenaires du coté de la base aérienne par un promoteur immobilier.

A Hersent Awa, une sinistrée explique « notre maison a été inondée, elle se situe un peu vers le bas coté, mais un voisin a construit un ouvrage qui a empêché l’eau de circuler, ainsi notre maison a pris au moins un mètre d’eau. C’est quand on a vu les rats sortir qu’on a compris que l’irréparable allait se passer. (Eskey j’ai pensé au livre d’Albert Camus). Nos matelas, nos habits, nos papiers, rien n’a été épargné. On a fait appel au préfet pour qu’on puisse détruire l’infrastructure qui nous a causé tant de soucis ».

A Diakhao, un étudiant a été électrocuté. Venu aider des voisins dont la maison était inondée, il a reçu une décharge électrique, il est mort sur le coup. Les sapeurs pompiers n’ont pas pu le réanimer.

Et si le foncier restait la source de tous nos problèmes environnementaux ? En plus le curage des canaux des eaux de ruissellement n'a pas été fait au début de l'hivernage