J’ai visionné le film
en anglais dans lequel vous apparaissez. Je vous ai vu monter sur une pipe line
dans votre exploitation. Pouvez-vous m’expliquer ce dont il s’agit ?
Je m’appelle Ibrahima Seck paysan maraîcher à Diogo (dans les
Niayes). Je fais de l’agriculture bio dans cette zone. Mon exploitation de 5 HA
est à côté d’un lac naturel le TALOUNDE. Ce lac regorge de poissons, de reptiles
etc. Il existe une grande biodiversité animale et végétale autour et dans ce
lac. Nous avons fait ma femme américaine et moi des investissements pour faire
de notre domaine une exploitation familiale. Celle-ci à débuté en 1987 avec des
produits maraîchers bio. Vers 2004 une société australienne nommée MDL/GCO
Grande Côte Opération est venue faire des explorations pour l’exploitation de
minerais en général et du Zircon en particulier.
Après plusieurs années, il semblerait que le gouvernement du
Sénégal ait octroyé un bail à cette société sur des terres (44 500 HA). Aujourd’hui,
l’exploitation des minerais a commencé : Zircon, Elminite etc. Ainsi les
exploitations familiales ont vu plusieurs de leurs terres confisquées par cette
société. Mon exploitation se trouve divisée en trois parties maintenant. Je ne
l’ai pas totalement perdue mais l’accès
à l’eau (lac) m’est interdit.
A partir de lac j’arrivais à irriguer mon exploitation à
l’aide d’une motopompe et d’une tuyauterie installées dans mon exploitation. Avec
ces contraintes, je suis obligé d’arroser à partir d’un puits que j’ai creusé.
Il faut cependant noter que j’ai reçu une petite somme en guise de compensation
qui est très loin de mon investissement de départ qui se chiffre autour de 50
millions. Ceci est donc un véritable phénomène d’accaparement des terres.
Comment comptez vous réagir
et qu’est ce que vous attendez de la réforme foncière ?
Nous sommes debout depuis le début. Nous nous sommes
organises depuis en tant que paysans à qui on a spolié leurs terres, par du lobbying et des plaidoyers pour
informer la population sénégalaise et la communauté internationale.
En ce qui concerne la réforme foncière, pour nous la terre
appartient à la population sénégalaise et ne devrait souffrir d’aucune transaction.
Nous souhaitons que dans ce cas d’espèce qu’il y’ait une négociation entre le
gouvernement et les collectivités locales, l’entreprise qui vient investir et
les communautés paysannes sur l’utilisation des terres au niveau de chaque zone
donné, les exploitations familiales surtout celles qui font de l’agriculture écologique
et biologique qui seules demain vont pourvoir assurer une sécurité alimentaire
et nutritionnelle durable au niveau de notre pays et même du continent.

